Demander de l'aide pour son couple, est-ce que ça vaut le coup?
- clairebaratte
- 6 janv.
- 3 min de lecture

Ils s’appellent Charlotte et Lucas*, ils ont bientôt 40 ans, ils sont parents d’une fille et de deux petits jumeaux, et ils arrivent devant moi complètement épuisés en ce début janvier 2025.
Ils sont tombés par hasard sur le flyer de Familya (où je travaille) le soir de Noël, et ils se sont dit qu’au point où en était leur couple, ils pouvaient toujours essayer le conseil conjugal et familial, ça ne pourrait pas être pire.
Lors de ce premier entretien, Charlotte qui est fréquemment malade (les jumeaux lui rapportent les microbes de la crèche) me confie qu’elle se sent frustrée, insatisfaite dans sa vie de couple. L’essentiel de son quotidien tourne autour des enfants. Ils peinent avec leurs jumeaux de deux ans. Elle ne ressent plus d’attention de la part de Lucas, elle n’a plus de plaisir à être avec lui dans les rares moments où ils sont seuls, elle se demande si c’est à ça que va ressembler son mariage désormais, ce long tunnel sans joie.
Lucas a l’impression de ne jamais savoir bien faire, de ne pas correspondre aux attentes de sa femme. Quoiqu’il fasse, il sera critiqué. Il sent que sa femme se renferme, il se réfugie dans la gestion des enfants, dans son travail quotidien, il se sent happé par la fatigue.
Ils se rejoignent sur l’envie de retrouver du plaisir à être ensemble, sur leur désir de mieux s’écouter et se comprendre. Ils veulent apprendre à être de nouveau un couple, et pas seulement des parents. Mais ils ne savent pas si c’est possible.
Cette année, juste avant Noël, Lucas et Charlotte ont terminé leur dernier rendez-vous, ils n’avaient plus besoin de moi. Ils sont repartis avec le sourire, main dans la main, confiants dans leur couple, plein de nouveaux projets pour les prochaines années.
La boucle était bouclée.
Que s’est-il passé en 2025 pour eux ?
Petit à petit, au fil de nos rendez-vous, ils ont appris à d’abord écouter l’autre avant d’imposer leur point de vue. A essayer, avec persévérance et amour, de comprendre l’autre, et respecter sa façon de faire plutôt que la juger. Ils ont réfléchi sur la façon dont l’héritage familial et le couple de leurs parents les avait façonnés et sur ce qu’ils voulaient pour leur couple aujourd’hui.
Lucas a osé entreprendre un travail personnel sur sa relation compliquée à ses parents à l’aide d’un psychologue. Il a repris le théâtre, activité dans laquelle il s’épanouissait avant la naissance des enfants, qui lui donnait confiance en lui et lui permettait de mieux se connaître. Charlotte, qui avait l’impression de n’être plus qu’une mère, a pris le temps de réfléchir à un nouveau projet professionnel qui pourra démarrer à la fin de son congé parental. Elle a repris le basket qu’elle aime et qui lui permet de se défouler. Elle a osé sortir quand elle était seule avec les trois enfants, et s’est rendu compte qu’elle savait s’en sortir avec les jumeaux. Elle a rencontré de nouvelles amies dans son quartier, elle s’est investie dans une association locale. Physiquement, elle a redressé les épaules, elle a gagné en estime d’elle-même.
Elle voit que le regard de Lucas sur elle a changé, et elle y lit de nouveau de l’amour, de l’admiration, et du désir, fragile, certes, mais tout de même présent. Elle-même retrouve en Lucas l’homme dont elle était amoureuse. Il a changé, il a mûri, il a fait des erreurs, mais elle a compris qu’elle l’aimait toujours.
Le couple a pris du temps à deux, rien que pour eux. Ils ont confié leurs enfants et ils sont partis de la maison, quelques heures par-ci par-là, et ils ont vu que c’était possible. Mais ils sont aussi beaucoup restés à la maison, ils ont posé leur téléphone quand leurs enfants étaient couchés et ils se sont donnés de l’attention, de l’écoute et de la tendresse. Ils ont de nouveau ri ensemble et ils ont aimé ça. Tout cela reste fragile mais ils ont le désir de le cultiver.
Bien sûr que tous les accompagnements de couple ne se terminent pas comme ça…Il y a des blessures qui sont font trop mal, il y a des souffrances accumulées qui empêchent d’avancer, certains couples connaissent des embellies puis de durs retours en arrière, d’autres choisissent aussi la séparation. Mais il est vraiment possible aussi, quand un couple va mal de retrouver de la joie à vivre ensemble pour peu que les deux aient le désir, la volonté, et le courage de se remettre en question.
Ce n’est pas un exercice facile mais parfois, demander de l’aide en vaut vraiment la peine.
*les prénoms et les situations ont été modifiés pour préserver la confidentialité des entretiens garantie aux personnes que j'accueille dans le cadre professionnel.



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