Permis dâĂȘtre parent, vous avez dit ?
- clairebaratte
- 16 oct. 2025
- 3 min de lecture

Lâautre jour, jâai vu passer la vidĂ©o dâun influenceur qui disait avec beaucoup de passion dans la voix que selon lui, il ne faudrait pas laisser les gens avoir des enfants sans leur faire passer dâabord un « permis dâĂȘtre parent » Ă lâinstar du permis de conduire.
Son constat Ă©tait celui-ci : tant dâenfants vivent des violences, des maltraitances, ou des carences dans leur enfance. Manque de prĂ©sence, manque dâinvestissement des parents, manque de soins. Il y aurait comme une irresponsabilitĂ© collective Ă laisser des personnes donner naissance Ă des enfants quâelles pourraient nĂ©gliger et qui en consĂ©quence, seraient potentiellement, les adultes violents et les agresseurs de demain.
Dâune certaine façon, je comprends son indignation. Les chiffres sont Ă©loquents : les enfants abusĂ©s, violentĂ©s, humiliĂ©s dans leur enfance courent fortement le risque Ă lâĂąge adulte  de reproduire ce quâils ont vĂ©cu plus tĂŽt. Il y a un Ă©norme travail de prĂ©vention et dâaccompagnement de ces enfants et de leur famille, Ă commencer par la reconnaissance de leur statut de victime.
Mais ne mélangeons pas tout.
Est-on jamais prĂȘt Ă devenir parent ?
Souvent, et je lâobserve dans mes consultations, ce sont ceux qui pensent sâĂȘtre le plus prĂ©parĂ©s Ă la paternitĂ© et Ă la maternitĂ© qui la prennent de plein fouet Ă la naissance de leur premier bĂ©bĂ©, ou parfois aussi, de leur deuxiĂšme. Ils ont tout lu, tout Ă©coutĂ©, tout anticipĂ© matĂ©riellement et intellectuellement, mais rien ne les a prĂ©parĂ©s Ă la rencontre bouleversante et dĂ©concertante dâun petit ĂȘtre inconnu dont ils peinent Ă comprendre les besoins Ă©lĂ©mentaires.
Etre parent nâa rien dâun statut figĂ© comme lâest celui du dĂ©tenteur dâun permis de conduire : le code de la route reste Ă peu prĂšs constant, les vĂ©hicules changent peu, les examinateurs se fient Ă une grille dâĂ©valuation identique pour tous.
Mais un enfant Ă©volue en permanence : ĂȘtre parent dâun nouveau-nĂ© dont on cherche Ă dĂ©crypter les pleurs nâa rien Ă voir avec ĂȘtre parent dâun enfant de 2 ou 3 ans qui dĂ©couvre lâautonomie, qui sâaffirme, qui vit des moments dâintense frustration quâil faut accompagner. Cela nâa encore rien Ă voir avec ĂȘtre parent dâun adolescent en plein bouleversement hormonal, qui cherche de nouveaux repĂšres, qui vient nous bousculer sur nos valeurs, nos croyances, nos limites.
Etre parent, câest Ă©volutif. Câest un rĂŽle qui se vit dâune façon propre Ă chacun en fonction de qui nous sommes, de quelle est notre propre histoire, et surtout de qui sont nos enfants et de quels sont leurs besoins. Cela, aucun critĂšre objectif ne pourrait le dĂ©terminer.
Personne nâest en capacitĂ© complĂšte dâĂȘtre parent avant de le devenir, puisquâon apprend Ă ĂȘtre parent au contact de nos enfants. Tous les parents tĂątonnent, sâinquiĂštent, essayent, reviennent en arriĂšre, font des erreurs. Non pas pour briser leurs enfants, mais au contraire pour les Ă©lever et les aider Ă grandir. Quel adulte dâaujourdâhui, lorsquâil regarde en arriĂšre, peut affirmer que ses parents nâont pas fait dâerreur avec lui ?
Et pourtant, nous sommes les adultes debout dâaujourdâhui.
Ayons confiance dans nos enfants pour nous montrer le chemin. Mettons-nous Ă leur Ă©coute, Ă leur niveau, ayons Ă cĆur dâĂȘtre les meilleurs parents possibles avec toutes nos imperfections et toutes nos blessures.
Et surtout, ayons confiance dans la force de vie de nos enfants, dans leur aptitude Ă grandir, Ă rebondir, Ă chercher le bonheur, quoiquâils aient vĂ©cu de douloureux ou de tragique. Ayons confiance en cette capacitĂ© extraordinaire de rĂ©silience quâa si bien dĂ©crite Boris Cyrulnik*, et continuons de soutenir et dâaccompagner tous les parents dans leur difficile mission dâĂ©ducateurs.
*Neuropsychiatre et psychanalyste reconnu, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la théorie de l'attachement et a développé le concept de résilience.