Apprendre à se disputer c’est possible!

ll y a ceux qui se disent qu’un couple qui se dispute est un couple qui ne va pas bien, d’autres qui pensent que rien ne vaut une bonne grosse querelle pour remettre les pendules à l’heure, d’autres encore qui sont gênés de reconnaître qu’ils ont des conflits et qui me demandent ce que moi, j’en pense !
Peut-être que la réponse se situe quelque part entre les deux extrêmes que sont ces couples qui n’ont jamais de conflits et d’autres qui vivent régulièrement de violentes disputes.
Mais la question intéressante n’est pas tant de savoir s’il « faut » se disputer ou pas en couple que d’aller regarder de plus près comment on se dispute.
La dispute exprime l’idée d’un désaccord, d’une divergence d’idées, d’opinions ou d’intérêts sur des sujets qui peuvent être très ordinaires ou plus essentiels. C’est toujours frappant de voir à quel point chaque couple rejoue souvent les mêmes disputes : mêmes sujets, mêmes façons de l’aborder, de tourner autour, de s’énerver, d’esquiver, de ne pas le résoudre…et d’y revenir la fois suivante.
Il y a le sujet inépuisable de la répartition des tâches, du linge, de l’éducation des enfants, du Noël chez les beaux-parents, de l’argent partagé ou gardé pour soi…
Une dispute récurrente est comme la partie émergée d’un iceberg : elle cache toujours quelque chose de non visible, d’enfoui, qui parle profondément de nous, de nos blessures, de nos manques, de nos frustrations et de nos peurs, mais aussi de nos envies, de nos rêves, de nos projections…Et c’est cela qu’il faut que le conjoint puisse entendre.
Si j’arrive sur un sujet de désaccord conjugal avec la ferme intention de « faire entendre que j'ai raison cette fois-ci », avec le ras-le-bol d’entendre ma femme ou mon mari « tourner en rond sur la même rengaine », avec toute ma fatigue et mes frustrations de la journée accumulées, il est probable que la dispute va tourner au vinaigre. Soit le ton et l’agressivité vont monter et l’explosion de colère se produire, soit l’un va s’énerver, demander des comptes, pleurer, et l’autre va se murer dans le silence, pour mieux se protéger d’un trop-plein d’émotions qu’il (ou elle) ne sait pas comment gérer.
Avoir des conflits dans un couple est fertile ! Cela veut dire que ce couple est vivant. C’est la manifestation de deux personnes uniques et singulières qui cherchent, par amour, à conjuguer leurs différences. Mais cela demande beaucoup d’écoute et un vrai désir de comprendre l’autre plutôt que de chercher à le modeler à notre idée. Il peut être très difficile d’entrer dans cette démarche si l’on n’a pas appris à reconnaître nos propres émotions et à découvrir ce qu’elles veulent dire de nous, si l'on ne sait pas, au fond, ce dont on a besoin.
A l’inverse, le fait que certaines personnes disent n’avoir jamais de conflits conjugaux suscite certaines questions : y a-t-il de la place dans leur couple pour l’émergence d’éventuels désaccords ? Est-il permis de faire ou de penser différemment de son ou sa conjoint(e) ? L’un des deux a-t-il pris l’habitude de s’effacer progressivement derrière l’autre et si oui, pourquoi ? Je constate bien souvent qu’absence de conflits n’est pas forcément synonyme de félicité conjugale…
Donc oui, on peut apprendre à se disputer, pour que nos désaccords cessent de rimer avec colère, éclats de voix et frustrations, mais soient synonymes de croissance pour notre couple, et que les conflits nécessaires que nous aurons à aborder au long de notre vie commune puissent l’être dans la sécurité affective et dans l’amour.



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