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On n'a pas de temps pour nous deux

clairebaratte
il y a 11 minutes
3 min de lecture

La rentrée est passée, et les consultations ont repris.


Certains ont passé un été ressourçant, et espèrent conserver les bénéfices de ce repos dans leur rythme quotidien. D’autres ont eu un été fatigant, n’ont pas eu de vacances ou ont vécu des séjours compliqués dans leurs familles ou belles-familles. Ils attendent de la rentrée un retour à une forme de « normalité » rassurante.


Quoiqu’il en soit, beaucoup déplorent de ne pas avoir suffisamment de temps en couple : ce serait une raison majeure de leurs difficultés actuelles.


Anne et Jérôme* me disaient la semaine dernière : « l’ambiance entre nous est toujours un peu tendue. Il faut dire qu’on a un rythme très fatigant. Le travail, les enfants, la gestion de la maison…On n’a plus vraiment de temps en couple. On est trop fatigués le soir, dès qu’on a tout géré, c’est déjà l’heure de se coucher ».


Entre les lignes, je peux entendre ce constat : « nous aimerions tellement passer plus de temps ensemble, mieux profiter l’un de l’autre, mais vous voyez bien que nous ne le pouvons pas à cause du temps qui manque, donc, ce n’est pas de notre faute si nous n’y arrivons pas ».


Bien sûr, il y a d’abord la question concrète de l’agenda, que nous prenons le temps de regarder ensemble, heure par heure. Il est fréquent d’avoir le sentiment de ne « pas avoir le temps » et il peut être utile de confronter notre ressenti à la réalité. Que se passe-t-il par exemple le soir entre le dîner et le coucher ? Les enfants sont-ils réellement « toujours » présents entre nous ? Combien d’heures quotidiennes passons-nous sur nos téléphones ? Nous avons repéré pour chaque jour ces petits moments de flottement où les conjoints peinaient à décrire ce qu'ils faisaient. Potentiellement, ce temps disponible était là sous leurs yeux, et ils ont pu en prendre conscience.


Ce couple vient aussi soulever la question de son rapport au temps.

Le temps peut être vécu comme un rouleau compresseur, une suite d’obligations ininterrompue, qui ferait fatalement passer le couple au dernier plan. Le rythme de notre société actuelle peut nous conforter dans ce sentiment. Quelle marge de manœuvre avons-nous pour reprendre une forme de maîtrise sur notre temps ? Avons-nous vraiment le désir de passer plus de temps à deux ? Et si oui, comment aimerions-nous occuper ce temps ? Parfois, on ne sait plus très bien quoi se dire, ou quoi faire, et l'idée d'un temps d’intimité choisi peut faire peur. Se (re)donner volontairement du temps à deux peut aussi faire surgir la question des relations sexuelles qui se sont peut-être essoufflées, voire ont disparu, et la perspective de ce sujet peut être inconfortable à envisager.


Au fond, Anne et Jérôme comme d’autres couples ont besoin d’interroger honnêtement leur désir de prendre du temps pour leur couple. Tant qu’ils attendent que ce temps leur soit donné, ils continuent à se rassurer en se disant que lorsqu’on est parents de jeunes adolescents, c’est normal que le couple passe en dernier, que c’est pareil chez les autres.


Désirer retrouver du temps partagé, renouer avec une certaine complicité, demande de poser un choix. Celui de se donner du temps l'un à l'autre, d'en faire une priorité. On peut décider de commencer par s’accorder ne serait-ce que quelques minutes l’un à l’autre chaque jour. Mais cela nécessite de se questionner, de se parler, de se rechoisir, c'est-à-dire de se donner les moyens de remettre son couple à la première place.


On sait que tout(e) jeune amoureux(se) est capable de trouver, y compris dans un agenda de travail très chargé, ou dans une vie de famille complexe, de précieuses minutes pour retrouver celui ou celle qu’il aime. Ne nous laissons pas croire que le temps nous empêche de le faire aujourd’hui !


J’ajoute enfin que ce questionnement autour du temps pour le couple peut mettre en lumière un réel et légitime épuisement familial ou professionnel. Ce que vous vivez peut mettre en danger votre santé physique et mentale: n'hésitez pas à consulter un professionnel pour être accompagné(e).


*les prénoms et les situations ont été modifiés pour préserver la confidentialité des entretiens garantie aux personnes que j'accueille dans le cadre professionnel.

 

 
 
 

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